Chaque logement doit être équipé d’au moins un détecteur de fumée depuis le 8 mars 2015. Le propriétaire l’installe, l’occupant l’entretient et le remplace si besoin, puis le déclare à son assureur habitation par une attestation. L’absence de détecteur n’est sanctionnée par aucune amende et ne permet pas à l’assureur de refuser l’indemnisation d’un incendie.
Cette obligation a été créée par la loi n° 2010-238 du 9 mars 2010 visant à rendre obligatoire l’installation de détecteurs de fumée dans tous les lieux d’habitation, dite loi Morange. Ses modalités techniques ont été précisées par l’arrêté du 5 février 2013, publié au Journal officiel du 14 mars 2013. Depuis la recodification du 1er juillet 2021, les règles figurent aux articles R142-1 à R142-5 du Code de la construction et de l’habitation (anciens articles R129-12 à R129-15), et les dispositions législatives aux articles L142-1 à L142-4 du même code (anciens articles L129-8 et L129-9).
Le détecteur de fumée est-il obligatoire dans tous les logements ?
Oui. Selon l’article R142-2 du Code de la construction et de l’habitation, chaque logement, en maison individuelle comme en immeuble collectif, doit comporter au moins un détecteur de fumée. La date limite d’installation était le 8 mars 2015 : tout logement qui n’en est toujours pas équipé est donc en infraction avec la réglementation.
L’obligation vise tous les logements, qu’ils soient occupés à titre permanent ou non, par un propriétaire ou un locataire : résidence principale ou secondaire, location vide ou meublée, logement saisonnier, logement-foyer, résidence hôtelière à vocation sociale, logement de fonction et, depuis juin 2025, locaux destinés à l’habitat inclusif.
Le détecteur visé est un détecteur avertisseur autonome de fumée (DAAF) : un boîtier fixé au plafond qui repère les fumées dès le début d’un incendie et déclenche une alarme sonore assez forte pour réveiller une personne endormie. Il ne prévient pas les secours : il sert à alerter les occupants pour qu’ils évacuent.
Pourquoi cette obligation ? Lors de la campagne de 2015, les ministères du Logement et de l’Intérieur indiquaient qu’un incendie domestique se déclare toutes les deux minutes en France, causant environ 800 décès par an, dont 80 % par intoxication aux fumées. Les incendies nocturnes sont les plus meurtriers, car les occupants endormis ne sentent pas la fumée.
Aucune sanction légale (amende, sanction pénale) n’est prévue en cas d’absence de détecteur.
Qui doit installer et entretenir le détecteur : propriétaire ou locataire ?
Depuis la loi ALUR du 24 mars 2014 et le décret n° 2015-114 du 2 février 2015, la règle est la suivante (article R142-3 du Code de la construction et de l’habitation) :
- le propriétaire installe le détecteur, à ses frais. En location, il peut le poser lui-même, le fournir au locataire ou lui rembourser l’appareil acheté. Il doit vérifier son bon fonctionnement lors de l’état des lieux d’entrée ;
- l’occupant entretient le détecteur et le remplace si nécessaire : il s’agit du locataire en cours de bail, ou du propriétaire s’il habite le logement.
Dans certains logements, le propriétaire assume l’ensemble des obligations (installation, entretien, renouvellement), car l’occupant n’y reste que peu de temps ou ne les gère pas lui-même :
| Type de logement | Installation | Entretien et remplacement |
|---|---|---|
| Propriétaire occupant | Propriétaire | Propriétaire |
| Location vide (bail d’habitation classique) | Propriétaire | Locataire |
| Location meublée | Propriétaire | Propriétaire |
| Logement saisonnier | Propriétaire | Propriétaire |
| Logement de fonction | Propriétaire | Propriétaire |
| Résidence hôtelière à vocation sociale | Propriétaire | Propriétaire |
| Logement-foyer géré par le propriétaire ou un organisme non agréé | Propriétaire | Propriétaire |
| Logement-foyer géré par un organisme agréé d’intermédiation et de gestion locative sociale | Organisme agréé | Organisme agréé |
| Habitat inclusif (depuis le 13 juin 2025) | Propriétaire (délégation possible par convention) | Propriétaire (délégation possible par convention) |
Source : article R142-3 du Code de la construction et de l’habitation, dans sa version issue du décret n° 2025-518 du 11 juin 2025.
Les caractéristiques d’un détecteur de fumée conforme
L’article R142-2 du Code de la construction et de l’habitation fixe deux exigences de résultat : le détecteur doit détecter les fumées dès le début d’un incendie et émettre immédiatement un signal sonore suffisant pour réveiller une personne endormie dans le logement concerné. Il fonctionne sur piles ou sur le secteur ; dans ce dernier cas, il doit disposer d’une alimentation de secours prenant le relais en cas de coupure.
Les caractéristiques techniques détaillées sont fixées par l’arrêté du 5 février 2013 (article 2). Le détecteur doit :
- comporter un indicateur de mise sous tension ;
- être alimenté par piles, batteries incorporées ou sur secteur, la durée minimale de fonctionnement de la batterie étant d’un an ;
- comporter un signal visuel, mécanique ou sonore, indépendant d’une source d’alimentation, indiquant l’absence de batteries ou piles ;
- émettre un signal d’alarme d’un niveau sonore d’au moins 85 dB(A) à 3 mètres (le dB(A) mesure le niveau sonore perçu par l’oreille humaine) ;
- émettre un signal de défaut sonore, différent de la tonalité de l’alarme, signalant la perte de capacité d’alimentation du détecteur ;
- porter, de manière indélébile, les informations suivantes : nom ou marque et adresse du fabricant ou du fournisseur, numéro et date de la norme, date de fabrication ou numéro de lot, type de batterie ;
- être accompagné d’un mode d’emploi pour l’installation, l’entretien et le contrôle.
Les détecteurs à ionisation sont interdits, car ils contiennent une source radioactive.
À l’achat, l’appareil doit porter le marquage CE accompagné de la référence à la norme NF EN 14604, la norme européenne qui définit les exigences applicables aux détecteurs avertisseurs autonomes de fumée. Le marquage CE est apposé par le fabricant au titre du règlement européen sur les produits de construction. Il se distingue de la marque NF, certification volontaire délivrée par un organisme tiers après contrôle des produits, recommandée par les pouvoirs publics comme gage de fiabilité supplémentaire mais non obligatoire.
Ce qui a changé en 2025 : le décret n° 2025-518 du 11 juin 2025 a supprimé le mot « normalisé » des articles R142-2 et R142-3, et renvoie à un futur arrêté conjoint des ministres chargés de la construction et de la sécurité civile le soin de préciser les conditions d’installation et les exigences techniques. Tant que ce nouvel arrêté n’est pas publié, le plus sûr reste d’acheter un modèle marqué CE et conforme à la norme NF EN 14604.
Confort d’usage et situation du foyer peuvent influencer le modèle de détecteur
Tous les détecteurs conformes remplissent l’exigence légale. Les différences portent sur le confort d’usage et la situation du foyer :
| Critère | Ce qu’il apporte | Pour qui |
|---|---|---|
| Marquage CE + NF EN 14604 | Conformité réglementaire | Tous (indispensable) |
| Marque NF (certification volontaire) | Contrôles réguliers par un organisme tiers | Tous (recommandé) |
| Pile lithium scellée longue durée | Pas de remplacement de pile pendant la durée de vie annoncée | Locations, résidences secondaires, personnes âgées |
| Détecteurs interconnectables (radio) | Tous les appareils sonnent quand l’un détecte de la fumée | Maisons à étages, grands logements |
| Signal lumineux ou vibrant | Alerte perceptible sans audition | Personnes sourdes ou malentendantes |
| Fonction « silence » temporaire | Coupe une fausse alerte sans retirer la pile | Logements où la cuisine est proche du couloir |
Notre sélection de détecteurs de fumée conformes
Nous vous proposons ci-dessous notre sélection de détecteurs de fumée à installer dans votre logement. Selon leurs fabricants, ces cinq modèles portent le marquage CE et la référence à la norme NF EN 14604 exigés par la réglementation française. Vérifiez toujours ces deux mentions sur l’emballage avant l’achat : les références évoluent et certains modèles peuvent être remplacés par une nouvelle version.
Ils disposent d’une fonction de mise en silence en cas de déclenchement intempestif de l’alarme (fumée de cuisson, par exemple). La durée de vie de l’alimentation et la garantie indiquées sont celles annoncées par les fabricants.
Caractéristiques communiquées par les fabricants et vendeurs ; disponibilités et références susceptibles d’évoluer.
Où installer le détecteur de fumée ?
Le détecteur doit être installé de préférence dans la circulation ou le dégagement desservant les chambres (couloir, palier). Il doit être fixé solidement au plafond, à proximité du point le plus haut, à distance des autres parois ainsi que des sources de vapeur, puisque les fumées montent.
- Studio ou logement sans couloir : placer le détecteur le plus loin possible de la cuisine et de la salle de bains, pour éviter les déclenchements intempestifs dus aux vapeurs de cuisson ou de douche.
- Logement sur plusieurs niveaux : la loi n’impose qu’un détecteur, mais il est recommandé recommande d’en installer un par étage, et plusieurs dans les logements de grande surface.
- Parties communes : il est interdit d’installer un détecteur de fumée dans les parties communes d’un immeuble (hall, cage d’escalier). Une alarme à cet endroit pourrait pousser les habitants à sortir dans un escalier enfumé, alors que la consigne est souvent de rester chez soi porte fermée.
Exemple : une maison avec un sous-sol, un rez-de-chaussée (séjour, cuisine) et un étage (trois chambres desservies par un palier). Le minimum légal est atteint avec un détecteur au plafond du palier de l’étage. En suivant la recommandation officielle d’un appareil par niveau, on en installerait trois : palier de l’étage, entrée ou séjour du rez-de-chaussée (loin de la cuisine), sous-sol.
Faire appel à un professionnel n’est pas obligatoire : la pose consiste à visser le socle au plafond. Méfiez-vous des démarcheurs qui affirment le contraire ou proposent un contrat d’entretien annuel « obligatoire » : aucune obligation de ce type n’existe.
L’entretien d’un détecteur de fumée
- Vérifier que le détecteur est sous tension (voyant lumineux allumé ou clignotant selon le modèle).
- Appuyer régulièrement sur le bouton test : l’alarme doit retentir. La notice du fabricant indique la fréquence conseillée (souvent mensuelle).
- Remplacer les piles dès que le signal de défaut de batterie est émis (bip bref et répété, distinct de l’alarme incendie). Les modèles à pile lithium scellée n’en ont pas besoin pendant toute leur durée de vie.
- Dépoussiérer le boîtier (aspirateur ou chiffon sec), sans le peindre ni le recouvrir.
- Remplacer l’appareil en fin de vie : les fabricants annoncent en général une durée de vie d’environ 10 ans. La date de fabrication figure sur le boîtier.
Détecteur de fumée et assurance habitation : quelles obligations ?
Faut-il déclarer son détecteur de fumée à son assureur ?
Oui. L’occupant du logement doit notifier l’installation du détecteur à l’assureur avec lequel il a conclu un contrat garantissant les dommages d’incendie, c’est-à-dire en pratique son assurance multirisque habitation (article R142-5 du Code de la construction et de l’habitation, ancien article R129-15).
Cette notification se fait par la remise d’une attestation (voir le modèle ci-dessous). Service-public.fr conseille d’y joindre une preuve d’achat ou d’installation : facture, photo, certificat de conformité. L’attestation a une valeur déclarative : l’assureur n’a pas à venir constater la présence du détecteur.
Par exception, l’attestation est remise par l’organisme agréé pour les logements-foyers qu’il gère, et par le propriétaire pour les locaux destinés à l’habitat inclusif.
Le détecteur de fumée fait-il baisser la prime d’assurance ?
C’est possible, mais pas obligatoire. L’article L122-9 du Code des assurances permet à l’assureur de prévoir une minoration de la prime ou de la cotisation d’assurance incendie lorsque l’assuré a respecté son obligation d’installation. Chaque assureur reste libre d’accorder ou non cette réduction et d’en fixer le montant.
Le gain financier est généralement modeste : l’intérêt du détecteur est avant tout la sécurité des occupants.
Sans détecteur de fumée, l’assureur peut-il refuser d’indemniser ?
Non. Conformément au 3° de l’article L113-11 du Code des assurances, ajouté par la loi du 9 mars 2010, sont nulles toutes les clauses frappant de déchéance l’assuré (c’est-à-dire le privant de son droit à indemnisation) en cas de non-respect de l’obligation d’installer ou d’entretenir un détecteur de fumée. Le même article prévoit plus largement que sont nulles « toutes clauses générales frappant de déchéance l’assuré en cas de violation des lois ou des règlements, à moins que cette violation ne constitue un crime ou un délit intentionnel ».
La loi ne prévoit pas non plus de franchise spécifique pour l’absence de détecteur : une franchise de cette nature avait été envisagée lors des débats parlementaires, mais elle n’a pas été retenue dans le texte définitif. Seules les franchises habituelles de votre contrat s’appliquent.
Par contre, si l’assureur prouve que l’absence de détecteur a aggravé les conséquences du sinistre, une réduction de l’indemnisation peut être envisagée. En cas de désaccord avec votre assureur, consultez d’abord les conditions générales de votre contrat, puis adressez une réclamation au service dédié et, si besoin, saisissez gratuitement la Médiation de l’assurance.
Modèle d’attestation d’installation d’un détecteur de fumée
À remettre à votre assureur habitation dès l’installation du détecteur ou lors de la souscription du contrat :
Je, soussigné [nom, prénom de l’assuré], détenteur du contrat n° [numéro du contrat de l’assuré] atteste avoir installé un détecteur de fumée normalisé au [adresse de l’assuré] conforme à la norme NF EN 14604.
Fait à [ville], le [date].
Signature.
Pièce jointe : facture ou photo du détecteur installé.
— Informations actualisées le 23 octobre 2026 —






